Au début les innus

Au début, les Innus

«Ce n’est que dans les dernières décennies du XVIIe siècle, que bon nombre de Canadiens parcourent la côte jusqu’à la Baie d’Hudson et différencient les Autochtones du littoral laurentien, des Autochtones du littoral de l’Atlantique.

Le littoral laurentien est fréquenté par des groupes amérindiens qui seront inclus dans l’ensemble montagnais-naskapi désigné actuellement par le terme innu ; sur le front atlantique, se retrouvent les groupes auxquels on réserve le nom d’Esquimaux, les ançêtres des actuels Inuit. »

Vers 1850, 25 familles Innus habitaient la région de Godbout.

Auparavant, les Montagnais (Innus) s’accommodaient avec la Compagnie de la Baie d’Hudson pour la pêche au saumon. Les Innus pêchaient à l’embouchure de la rivière, et la Baie d’Hudson ne voyait pas d’inconvénient que les Innus pêchent à leur guise. Vers 1820, les Montagnais toléraient également les pêcheurs établis dans la partie orientale de la côte. Le saumon était exploité le long du littoral et non dans les rivières. Leurs activités n’entraient donc pas en conflit avec celles des Amérindiens.

Cette situation va changer dès lors que le gouvernement en place décide de valoriser les pêcheries de la Côte-Nord qui étaient exploitées par les étrangers.

Les Innus sont alors forcés de partir. Ils avaient perdu l’accès à la rivière Godbout, principale source d’alimentation. Chasseurs et pêcheurs, ils quittèrent Godbout vers d’autres endroits, particulièrement la réserve Betsiamites.

La rivière et la pêche au saumon étaient dorénavant administrées par un employé de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Theodule Savard et par la suite, le fils d’un autre employé de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Napoléon Alexandre Comeau.
Pour en savoir davantage sur les Innus, visitez le Musée Innus

La population des salmonidés menacée

En 1852, le gouvernement légifère pour abolir les privilèges de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans le domaine du Roy et ouvre tout le territoire de la Côte-Nord au développement de la population. S’ensuit une véritable ruée de pêcheurs canadiens venus exploiter sans restriction les ressources maritimes et fluviales de la côte. La pêche au saumon devient démesurée.

La compétition devient de plus en plus forte pour le saumon tant et si bien qu’une diminution de la population fait en sorte que le gouvernement doit redresser la situation en votant en 1857 et 1858, des lois pour gérer les rivières.

Saviez-vous que ?

L’Acte des Pêcheries prescrit la construction de passes à saumon sur les rivières barrées par des moulins à scie et restreint la saison de pêche de même que les méthodes de capture du saumon.

Les contrevenants sont soumis à des amendes voire la prison.

Quiz
Comment le gouvernement tire-t-il des revenus de l’exploitation des rivières ?
Réponse [+]
– Le bail de la Compagnie de la Baie d’Hudson est résiliée dans le domaine du Roy. Le gouvernement vend des permis à ceux qui exploitent des stations de pêche le long du littoral.
– Il loue à des particuliers les meilleures rivières à saumon de la Côte-Nord
– Il vend à de riches personnages, souvent étrangers, des droits de pêche à la mouche dans la partie fluviale de certaines rivières réputées dont la Godbout.La lutte inégale entre l’État et les Montagnais

Les Montagnais tentent désespérément d’empêcher la location de leurs rivières à saumon.En 1857, ils envoient une pétition au gouverneur général réclamant la reconnaissance de leurs droits ancestraux sur les rivières Betsiamites et Godbout, Moisie et St-Jean.

 Quiz
Quelle est la réponse du gouverneur général?
a) «Son excellence ne peut que se plier aux mesures du gouvernement»
b) «Allez pêcher ailleurs»
c) «Je vous ai compris»
d) «Son excellence ne peut reconnaître les droits ou réclamations en question.»
Réponse [+]
d) «Son excellence ne peut reconnaître les droits ou réclamations en question. »La mainmise de l’État sur les rivières à saumon crée pendant une décennie une épreuve de force inégale entre l’État et les Montagnais. Ceux-ci perdent leur principale source de subsistance durant l’été. Les Montagnais exercent une résistance sur le terrain. Ils ont des démêlés avec les officiers de la branche des Pêcheries, ils se confrontent avec les locataires des rivières et les pêcheurs étrangers qui pêchent à la mouche le saumon.

Quiz
Comment les fonctionnaires des Pêcheries expliquaient la baisse de productivité des rivières à saumon ?
a) Il y a trop de pêcheurs
b) Les pêcheurs étrangers ont les meilleurs endroits de pêche
c) Il n’y a pas assez de nourriture pour les saumons
d) La pêche traditionnelle des Amérindiens en est la cause
Réponse [+]
d) les fonctionnaires des Pêcheries ont fait une campagne acharnée affirmant que c’est la pêche traditionnelle des Amérindiens qui étaient la cause de la baisse de productivité des rivières à saumonLa résistance des Montagnais est accompagnée d’une démarche auprès du gouvernement pour qu’ils obtiennent justice.

Par quelle congrégation religieuse sont-ils soutenus dans la défense de leurs droits de pêche ?
a) Les Jésuites
b) Les Frères Maristes
c) Les Dominicains
d) Les Oblats
Réponse [+]
d) Les Oblats considéraient que pour les Montagnais pêcher le saumon est un droit d’héritage.Les pressions exercées par les missionnaires font quelque peu fléchir le gouvernement qui accorde aux Montagnais des droits exclusifs de pêche sur la rivière Betsiamites, par le biais d’un bail spécial.

Quelle était en réalité le bienfondé de cet accord ?
a) Les Montagnais n’allaient plus les embêter
b) L’État entrait dans les bonnes grâces des Oblats
c) La rivière Betsiamites étant difficile à pêcher (et donc à louer) et que « les Montagnais possèdent dorénavant une réserve où, grâce à la tutelle des missionnaires résidants, ils progressent sur la voie de la civilisation»
Réponse [+]
c) Enfin, comme solution globale, le gouvernement adopte le principe d’indemnisation. Comme les Montagnais ont toujours pêché dans ces rivières, ils seront dédommagés pour la perte de leur subsistance sur lequel ils comptent pour vivre.Une partie des revenus de la location des rivières à saumon sera consacrée à leur soutien.

Qui a prôné cette approche et pour quelle raison ?
a) Des propriétaires de rivières
b) Les Oblats
c) L’État, par sentiment de culpabilité
d) L’archevêque de Québec et son vicaire général
e) Les Montagnais eux-mêmes
Réponse [+]
d) L’archevêque de Québec et son vicaire général
Pour quelle raison ?
a) Pour que les Montagnais dépendent de plus en plus de l’État
b) Par pure bonté et justice réparatrice
c) Avant 1859, la Compagnie de la Baie d’Hudson leur versait un salaire annuel. L’ayant perdu, ils espèrent qu’une partie des indemnités versées aux Montagnais, revienne aux missionnaires de la Côte-Nord.
d) Pour contrôler les décisions de l’État par le clergé
Réponse [+]
c)
Ces allocations permettent l’achat de denrées essentielles, lesquelles ?
a) du lard
b) des pommes de terre
c) du beurre
d) de la farine
e) du sucre
f) des petites quantités de pois
Réponse [+]
d et f. De la farine et des petites quantités de poisCes distributions annuelles de farine scellaient l’entente entre le gouvernement et les Montagnais s’engageant à les nourrir après avoir pris leur principale source de subsistance sur laquelle ceux-ci comptaient pour vivre.

Les Montagnais d’aujourd’hui continuent d’évoquer cette entente séculaire quand on leur reproche «leur dépendance» envers le gouvernement.

Sources : Godbout au tournant du siècle, Réjean Beaudin, édité par la Société historique de la Côte-Nord, Baie-Comeau, 1983
Histoire de la Côte-Nord, sous la direction de Pierre Frenette, collection les régions du Quebec , Éditions IQRC, novembre 1996